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 | | • | L’Estonie, l’Ukraine et la Biélorussie ont tous trois un taux annuel d’environ 4 divorces pour 1000 personnes ; il est en moyenne de 2 pour 1000 dans certaines régions d’Europe occidentale. |  | | • | Selon une étude récente, 23% des Hongrois interrogés ont déclaré que la manière dont une personne s’habille est le trait le plus important pour attirer l’attention d’un partenaire potentiel. |  |
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Chaque matin, elle se mêlait à la foule qui se ruait vers le bus dès son arrivée. Trouver du travail dans sa petite ville était difficile.
Aussi devait-elle faire le trajet jusqu’au chef-lieu de sa région. Le chemin du retour était tout aussi pénible; la meilleure stratégie consistait à se faufiler jusqu’au bus en prenant comme bouclier la large stature d’un autre passager. Si par hasard la ruse ne fonctionnait pas, elle pouvait toujours tenir sa mallette à bout de bras et se laisser aspirer par la foule jusque dans le ventre chaud de l’autobus. La difficulté principale consistait à ne pas lâcher sa mallette. Pour elle maintenant les trajets ressemblaient à de mauvais rêves. Elle avait une semaine de vacances devant elle et elle ne se souciait pas si elle n’était pas payée. Le cognement des roues du train habituellement grinçant, lui semblait être un hymne à une nouvelle vie. Elle ne voyageait pas pour le plaisir, pas pour le shopping, pas pour aller se recueillir dans un lieu de culte. Ce voyage était une tentative pour changer son destin. Une tentative pour arrêter de vendre son cerveau pour un salaire de misère. Une tentative pour laisser derrière elle une ville dont les rues sombres et venteuses étaient pleines de gens mécontents, qui ne savaient pas sourire, un endroit où on ne pouvait pas faire de projets plus loin que demain, où la vie était pleine d'incertitudes et de peur. Dans cette ville, ses paires ne rêvaient jamais d'avoir des enfants parce qu'ils ne pouvaient pas s'imaginer comment subvenir à leurs besoins. Alors ils n'en voulaient pas. Qu'est ce qu'ils voulaient ? Du sexe, rapide, dans le cadre d'une relation facile et amicale, libre de toutes obligations.
Jeff H., un analyste financier plein d'avenir d'Oklahoma voulait avoir des enfants. Il voulait qu'ils grandissent en étant bilingues. Il estimait maîtriser assez bien le russe, puisqu'il avait travaillé 3 ans à St Petersbourg. Dans sa première lettre il avait parlé de son amour pour la ville et de son désir d'épouser une femme russe.
"Il ressemble à un Chip and Dale,” pensa-t-elle en regardant sa photo. A part son attirance pour la Russie, Jeff lui semblait être un Américain typique, pragmatique et professionnel. Cette impression dénotait terriblement avec le hobby qu'il avait indiqué. "J'aime l'aventure"; avait-il écrit. "J'aime rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux pays. J'aime découvrir de nouvelles choses parce que je me lasse rapidement".
"Il semble que je sois sa nouvelle aventure....". Ils avaient décidé de se rencontre à l'entrée de la station de métro Nevsky Prospekt.
Les aiguilles de l'horloge s'approchaient progressivement de 5h. La foule se pressait indifférente à l'homme qui attendait au milieu d'elle, à côté du métro. Il portait un manteau gris qui semblait trop léger pour l'hiver à St Petersbourg. L'homme vérifiait constamment sa montre. Il partit quand les lumières de la soirée s'éteignirent dans la rivière Neva et que le coucher de soleil eut teinté de rose le ciel vert d’hiver. Plusieurs jours plus tard, il trouva un email d'elle dans sa boîte de réception.
"Merci d'être venu. Pendant le trajet pour St Petersbourg, j'ai pensé que seuls quelques pas me séparaient d'un bonheur futur. Pardonnez-moi, mais je n'ai pas osé m'approcher de vous. J'ai vu vos yeux et il m'a semblé que vous attendiez quelqu'un d'extraordinaire. Mais je n'ai rien d'exceptionnel ! Je suis mieux sur la photo que je vous ai envoyée qu'en réalité, ça arrive parfois. Sur cette photo, j'ai l'air d'une gentille petite fille russe, timide, dans les yeux de laquelle s'est incrusté le rêve d'une vie tranquille, avec une maison confortable, des enfants adorables et un mari solide qui prendrait soit de sa famille. Je suis sûre que vous devez en avoir assez des sourires triomphants des femmes américaines, qui sont trop fortes pour avoir besoin de qui que ce soit. Je pourrais devenir votre femme. Mais pour cela je devrais enterrer ma vraie personnalité. Il m'a semblé que vous recherchiez quelqu'un de timide et de dépendant. Il est possible que je vous sois apparue dans mes lettres comme timide et dépendante, mais je suis forte. J'avais peur de ne pas pouvoir remplir le rôle de la femme russe, patiente et agréable dont les occidentaux se font l'image. J'avais peur que vous ne m'appréciez pas. Je ne veux pas vous tromper d'entrée de jeu. Oui j'en ai assez de cette vie monotone et grise et je veux du confort, de la chaleur, une famille. Mais pour moi un mariage sans amour est impossible. Mon éthique m'interdit de renoncer à ma liberté en échange de votre sponsorship. Lorsque je vous ai vu, vous aviez l'air si seul, comme si vous aviez perdu espoir à tout jamais. Une douce tristesse a alors empoisonné ma joie. C'était comme un rêve qui ne s'est pas réalisé. C'était comme le vent qui ne peut être apprivoisé."
Pour le reste de la journée, elle parcouru Nevsky Prospekt sans but, essayant de ne pas penser à l'homme au manteau gris qui l'attendait en vain à l'entrée du métro. L'air avait des odeurs de liberté et d'abandon.
"Un auteur à la mode a dit un jour qu'on ne pouvait qu'aimer St Petersbourg. Il n'y a rien d'autre à faire ici que l'amour, disait-il. Alors j'aimerai. J'aimerai tous ses différents aspects : la ville humide et venteuse de l'hiver comme la ville poussiéreuse et humide de l'été. Au moins cet amour sera réciproque."
Les flammes d'un jour de janvier s'éteignent face à l'encre noire de la nuit. La lune tardive s’accroche dans le ciel comme un fromage moisi. Sa lueur entre par la fenêtre et remplit la pièce. Le silence, captif de 4 murs, semble sinistre et mystérieux.
La femme dort. Elle rêve à une ville balayée par la pluie de printemps, de l'asphalte devenu bleue avec des flaques, de constellations de rues, éveillées par le bavardage des oiseaux. Les rayons du soleil dansent sur les feuilles d'un vert vif et sur les éblouissantes coupoles de St Isaac. Elle sourit dans son sommeil.
"Il est temps d'apprendre à vivre maintenant. Temps de croire que demain viendra sans faute et que vous recommencera".
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