Mon initiation a été assez modeste: au printemps dernier, j'ai acheté une modeste paire de sandales noires avec de petits talons. J'avais dépensé une bonne somme d'argent pour ces sandales et je voulais les rentabiliser, alors j'ai décidé de porter ces chaussures à lanières inefficaces au travail au moins une fois par semaine.Les lanières étaient trop serrés à la hauteur de la partie la plus large de mon pied et attachait mes orteils ensemble. Même les garder aux pieds en marchant était un exercice presque futile. Dès que j'atteignais le trottoir après avoir quitté le travail, j'enlevais mes nouvelles sandales, j'absorbais la chaleur des pavés par la plante des pieds en prenant soin d'éviter les morceaux de verre brisés et les bouts de chewing-gum.
En ville, où le nombre d'espaces verts est limité, je dois remplacer l'herbe par le béton ; Je compare un caillou s'enfonçant dans la plante de mon pied à un bloc de Lego jeté négligemment dans la cour devant la maison de mon enfance. Ça me manque, parfois - la terre entre mes orteils, l'herbe égratignant ma peau tendre. Je ne pensais pas aux chaussures à hauts talons, ni au vernis à ongles pour les pieds, ni au parfait bijou pour compléter la tenue parfaite. Chaque fois que j'enlevais ces sandales, je pensais : Qu'est-il arrivé à la simplicité ?
En termes vestimentaires, je préfère me sentir à l'aise. Bien sûr, je fais un effort pour être présentable, mais je trouve ça difficile et souvent frustrant de maintenir la notion de féminité qu'on nous impose, parce que ce concept ne se prête pas souvent au confort.
J'étais une adolescente moyenne, garçon manqué, à la mode à l'époque. Quand j'étais adolescente, je remplissais mes armoires de cuir et de toile, preuve de ma passion pour les chaussures. Est-ce que tu as vraiment besoin de toutes ces chaussures? Me demandait mon père chaque fois qu'il ouvrait la porte de l'armoire de devant ; s'il était vraiment agacé, il empilait toutes mes chaussures dans le hall et me faisait choisir entre mes tennis en toile avec Titi brodé sur le dessus, ou les oxfords rouges brillantes aux épais talons carrés et lacets noirs ; un nombre infini de paires de tongs entassées les unes sur les autres.
Je ne pouvais jamais choisir. Chaque paire me rappelait des souvenirs de la plage ou d'un après-midi d'été languissant passé assise sous la véranda. Mon père me tendait alors une paire de Chuck Taylor complètement usées, elles tenaient en un morceau à l'aide d'épingles à nourrice. Comment peux-tu porter ça ? C'est honteux! Je ne pouvais pas expliquer que ces chaussures étaient plus que des protections stylées pour mes pieds plats. Dans leur piètre état, ces Converses noires et blanches était une étiquette, d'une certaine façon. Elles en disaient long.
En grandissant, Titi est devenu une fantaisie de jeunesse et les Oxfords rouges n'étaient pas pratiques et trop lourdes à porter. J'avais toujours beaucoup de chaussures, mais toutes se ressemblaient : noires en grande partie, en cuir, ou quelque chose du genre, à petits talons, bien portées.
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Je n'ai pas une démarche gracieuse, particulièrement quand je chancelle sur quelques centimètres carrés. Je me surprends parfois: tandis que les sandales noires de la saison passée sont abandonnées dans mon armoire, je porte mes escarpins régulièrement, prenant plaisir aux click-snap, click-snap qu'ils émettent, quand je fais mes rondes dans le bureau. Click-snap. Click-snap. Click-snap. Ils me grandissent. Ils me font me sentir importante. Ils me donnent l'impression d'être une femme, ce qui est bizarre, puisque j'ai déjà tous les attributs nécessaires. Quand je m'habille de façon décontractée, je choisis souvent ma tenue préférée : t-shirt et jeans. Je réfléchis à mes options de chaussures. J'essaie d'abord une paire de tennis et j'ai l'impression que ce n'est pas assez habillé. J'essaie des tongs, mais je me souviens alors du temps. Je mets mes escarpins, remarque comme mes revers tombent juste au-dessus des talons. Denim et coton deviennent la tenue du soir. Où étiez-vous donc? Murmure adressé à mes talons. Ces chaussures ne rendent pas l'existence plus facile. Je ne peux pas les porter pendant des périodes prolongées. Quand je conduis, je dois les enlever avant d'essayer d'utiliser les pédales. Les porter ne m'a pas amené un flot d'offres de prétendants. Ce n'est pas pour ça que je les ai achetées. Je pense qu'à un certain moment j'en ai eu marre de moi-même. Quand je porte ces chaussures, j'entends la voix de ma mère dans mon oreille: tu grandis, ma demoiselle, dit-elle, tu es belle!
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Quand mes pieds me font mal, je me rappelle que la plupart des femmes portent ce genre de chaussures tous les jours. Je les vois tout le temps, leurs talons claquant dans la ville, confiantes, l'expression placide. J'ai mal pour elles et pour moi-je sais que mentalement elles doivent se bagarrer intérieurement, comme je le fais: confort contre vanité. La vanité ressort presque toujours vainqueur. Je le sais, parce que je mets un temps absurde pour m'habiller le matin. Je le sais, parce que je peux imaginer ma mère, fatiguée et malade, mais toujours sur son trente et un pour le travail; je peux la voir traînant les pieds dans le bureau avec ses talons, ses pieds lui causant des élancements et protestant contre le confinement. Quand je suis arrivée à la maison après son décès, ses chaussures étaient là - une paire d'escarpins bruns, à bouts carrés et petits talons, qui attendaient, perdus et vides et pourtant proprement rangés à leur place à côté du paillasson. C'étaient ses préférés. Je les ai mis, une seconde. J'ai fait semblant que j'étais elle. Elle aurait voulu que je les porte, ou une paire semblable à celle-là: pendant longtemps elle m'a poussée et a suggéré que je renouvelle mon apparence et j'ai essayé, mais chaque fois que je mets mes pieds dans des chaussures aux talons surélevés, mes pieds me font horriblement mal. Tu dois juste t'y habituer, me disait-elle toujours. Mais je ne pouvais pas m'habituer à cette torture. Je devais vouloir forcer la plante de mes pieds à se courber de façon si peu naturelle, serrer mes orteils ensemble et marcher deux fois moins vite que d'habitude. L'élément qui manquait était l'envie.
Sous mon bureau au travail, je retire mes escarpins. J'étire et je plie mes pieds, ensuite je remets mes chaussures. Mon patron approche, elle me demande quelque chose. Elle regarde mes pieds.
"Nouvelles chaussures?" Dit-elle.
"Oui," dis-je. Je tourne mes pieds pour qu'elle puisse voir correctement. "Elles sont belles, n'est ce pas ?"